Pop Art
Posté le 25.03.2006 par nikkita

Andy Warhol 1983
La fabrique d’images
Né à Pittsburgh en 1928 dans une famille modeste d’origine slovaque, Andy Warhol incarne l’Amérique. Consommateur, businessman parti de rien, artiste fasciné par les stars devenu star et objet d’art lui-même, il représente le rêve américain à lui tout seul.
Andy, dont un de ses frères disait « quand il parlait, on entendait bien qu’il n’était pas normal », a pourtant eu l’intelligence de son époque. Artiste multimédia, il a su se saisir du pouvoir des images médiatiques, faire de l’art avec la pub, de la pub avec l’art, brouiller les frontières, remettre en cause des statuts, choquer, innover, réussir. En ce sens, il a contribué à forger le monde actuel.
Beaucoup cherchent encore à décrypter le sens profond de son œuvre, quand lui se décrivait fondamentalement superficiel, immédiatement accessible à travers la simple vision de ses productions. Et disait être incapable de définir le Pop Art, dont il est devenu le représentant majeur : « Les gens s’y intéressent et l’achètent encore, mais je ne saurais pas vous dire ce que c’est que le Pop Art, c’est trop compliqué ». D’autres s’en sont chargé à sa place, en meublant beaucoup - avec force biographies, témoignages, expos, analyses - les espaces vides dont Warhol rêvait, le Rien dont il disait qu’il était parfait.
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Posté le 20.04.2006 par nikkita
Posté le 25.03.2006 par nikkita

Andy Warhol disait ne croire qu’aux espaces vides, mais en tant qu’artiste ne faire que plein de saloperies. Pour lui, l’espace vide était un espace jamais gâché, et l’espace gâché n’importe quel espace affublé d’art. Il ajoutait que l’art des affaires était bien plus intéressant que l’art de l’art, « parce que l’art de l’art n’entretient pas l’espace qu’il occupe, contrairement à l’art des affaires ». Warhol disait ainsi aider les gens à gâcher leurs espaces vides alors qu’en vérité il aurait voulu les aider à vider leur espace. Il disait penser que la quantité était la meilleure jauge en tout (« parce qu’on fait toujours la même chose même si on a l’air de faire autre chose »), et s’être donc fixé pour but de devenir un « artiste d’espace ». Le rêve de Warhol était un appartement vide, avec une valise contenant l’essentiel, une chaussure, une chaussette, une cuillère, une fourchette, une tasse, un paquet de cigarettes...
Aujourd’hui, les saloperies de Warhol ont envahi et sont devenues notre paysage. Ses images ont rempli notre espace, et nos espaces sont devenus à l’image du concept de déconstruction de l’art de Warhol. Ce dandy sans valeur (puisqu’il n’était en réaction à rien), celui que Baudrillard disait dans Le Crime parfait atteint d’un snobisme machinal, reste pourtant toujours un mystère, une énigme insoluble pour ceux qui cherchent encore quelque chose derrière ses images alors qu’il n’y a rien, juste à voir. On cite souvent cet aphorisme de Warhol « Les gens disent toujours que je suis un miroir. Si un miroir regarde un autre miroir, qu’est-ce qu’il peut bien voir ? » et on oublie souvent de rajouter « le jour où j’ai compris que l’existence n’est rien, je me suis senti mieux ». Warhol disait que le Rien était quelque chose de passionnant, sexy, que le Rien n’était pas embarrassant. Le Rien et les espaces vides, l’art des affaires contre l’art de l’art, la transparence et le désir machinique contre le sens et l’aura tels que Walter Benjamin avait voulu les définir dans L’œuvre d’art à l’heure de la reproductibilité technique, ou comment résumer quelques idées pour rentrer dans l’expérience warholienne.
Posté le 25.03.2006 par nikkita

On oublie souvent de rappeler l’influence de Cocteau sur Warhol, ce même désir pour la reproductibilité, l’éphémère, ce même partage entre les deux hommes pour l’utilisation de techniques diverses et variées (photos, peintures, dessins, cinéma), ce désir d’expérimentation. Mais Warhol était américain, et il a souvent répété combien il aimait l’Amérique. « L’idée d’Amérique est formidable, parce que plus une chose est égale, et plus elle est américaine ». « L’Amérique a crée la tradition où les plus riches consommateurs achètent la même chose que les plus pauvres ». Warhol était donc un artiste d’affaires américain, un producteur d’Art de masse ayant fondé ses images sur celle du peuple. Une synthèse étrange et paradoxale entre le capitalisme le plus affirmé et un marxisme qui ne se dit pas. Ainsi Warhol pouvait dire aussi bien "L’Amérique est véritablement belle. Mais elle serait encore plus belle si tout le monde avait assez d’argent pour vivre. De belles prisons pour le beau monde », que « il ne faut pas que tout le monde ait de l’argent. L’argent ne doit pas être pour tous, on ne saurait plus qui est important".
Américain en tout, pour avoir décliné ses images en série et pour adopter son mode de vie jusque dans une application décomplexée et totale, Warhol avait compris, pressenti et appliqué (et donc en participant largement à fonder le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui) que ce siècle serait celui de l’image. L’image totale, pour tous, à tous, où le désir même de devenir image ne serait qu’une conséquence progressive de la disparition du réel. Warhol savait mieux que quiconque pourquoi le cinéma, les films, représentaient la forme idéale, comme une finitude du monde. « La meilleure atmosphère que je puisse imaginer, c’est celle des films, parce que c’est physiquement tridimensionnel et émotionnellement bidimensionnel ». Warhol savait pourquoi le monde était né une seconde fois avec Hollywood, pourquoi l’Amérique y avait signé son acte de naissance contemporain, et qu’à partir de là l’homme et son rapport aux images n’aurait plus le même sens.
Warhol disait être profondément superficiel, que si on voulait le comprendre il suffisait de regarder ses œuvres. Il serait facile et évident de dire qu’il n’y aurait rien à rajouter, qu’il nous suffirait d’aller voir pour s’en assurer l’exposition « Andy Warhol, L’œuvre ultime » que le musée d’art contemporain de Lyon propose jusqu’au 8 mai 2005 (lire la chronique de l’expo). Œuvre ultime signifie ici une exposition consacrée aux quinze dernières années de son œuvre (1972 - 1987). Soit une période de retour à la peinture après avoir beaucoup exploré le cinéma (Sleep, Chelsea Girls, Empire...), une période marquée par sa tentative d’assassinat et par l’utilisation de tous les supports médiatiques possibles : magazines, photographies, enregistrements sonores, vidéos, émissions télévisées, films encore et sérigraphies toujours.
Posté le 25.03.2006 par nikkita
Si le vingtième siècle a inventé la solitude et le méta-monde des écrans, Andy Warhol a participé et prouvé à ce que notre devenir image communique joyeusement avec la réalité dans une inspiration ininterrompue. Aucune utopie, plus d’artistes, mais un monde régi par une mécanique d’images dont Warhol a été le seul ingénieur à réaliser une telle entreprise. Il était la synthèse parfaite du capitalisme américain dans sa splendeur totalitaire, publicitaire, communautaire, industrielle, celui qui a défait l’art et sa critique pour le ramener de manière encore plus radicale à l’image du monde dans lequel il vivait. Osons dire que malgré les bastions de résistance nous vivons bien dans l’ère d’Andy Warhol mais qu’il nous faut encore ouvrir les yeux, qu’à l’heure où chaque image a son copyright Warhol nous renvoie un certain vent de liberté.
Posté le 25.03.2006 par nikkita

Andy Warhol, Yoko Ono
On le sait, la vie de Warhol (1928-1987) est marquée en 1968 par sa tentative d’assassinat à la Factory par une illuminée, Valérie Solanas, qui lui loge plusieurs balles dans le corps. Après cet épisode, Warhol disait « se regarder comme s’il était quelqu’un d’autre ». Mais qui était-il ? Pour résoudre une part de l’énigme et trouver l’homme sous la perruque, Jean-Michel Vecchiet croise les témoignages de membres de sa famille et de proches. C’est savoureux quand Andy est disséqué par ses frères aînés John et Paul qui n’ont jamais quitté leur campagne natale : « quand il parlait, on entendait bien qu’il n’était pas normal », dit l’un d’entre eux. Les neveux George et James sont également mis à contribution ainsi que Bob Colacello, éditeur et journaliste du magazine Interview créé par Andy Warhol, Gérard Malanga bien sûr, son premier véritable assistant pour les sérigraphies de Liz Taylor et de Marilyn. On croise aussi Billy Name, son bras droit à la Factory, Ultra Violet, artiste française devenue l’une de ses égéries ou encore le couturier Karl Lagerfeld. Les témoignages nuancés évitent de porter Andy au pinacle. Les connaisseurs n’apprendront pas grand chose de nouveau ni sur l’œuvre, ni sur l’homme, mais seront émus de revoir quelques-uns de ces « héros » devenus. Ceux qui sont passés entre les mailles de la drogue et des années sida. Pour notre part, on retiendra l’intervention émouvante du cinéaste Jonas Mekas qui évoque la période des « screen tests » effectués par Warhol, bouts d’essais filmés d’anonymes et de proches. On sent une vraie tendresse pour un artiste social-démocrate dans l’âme qui mettait la main à la pâte pour distribuer des repas aux plus démunis.
Posté le 25.03.2006 par nikkita

Mais la vie d’Andy Warhol, né Andrew Warhola dans un quartier populaire de Pittsburgh et mort accidentellement au New York Hospital en 1987, est tellement archi connue qu’on retrouve les grands thèmes déjà ressassés de l’artiste en consommateur absolu, qui voulait tous les derniers produits, à la fois victime et critique de la consommation, objet d’art et sculpture vivante lui-même, touche-à-tout de génie et bien sûr businessman. Bref, on le savait déjà, Andy incarnait à lui tout seul le rêve américain. « Sa vie est une sorte d’épopée de l’Amérique », dit Jean-Michel Vecchiet. Car Warhol a tout fait en utilisant l’ensemble des médias. Homme multimédia : il crée, il réalise des films, fait de la photographie, édite son propre journal Interview, présente son show télé, son émission de radio, fait la pub de Chanel. « Il a compris que les années futures ne seraient plus celles de la peinture classique mais l’axe d’une vision globale des choses. Il explore toutes les formes d’art, sans pour autant créer une seule image, se « contentant » de réinterpréter les plus médiatiques de son époque. » : l’attentat de J.F Kennedy et les émeutes raciales dans les années 1960, les années Reagan, les symboles de la société de consommation que sont la soupe Campbell, la canette de Coca-Cola ou le flacon de Chanel, en passant par les icônes de toute une génération à l’image de Marilyn Monroe, Elvis Presley ou Liz Taylor. Ses œuvres ont fasciné de nombreuses personnalités, les grands couturiers, les médias, mais elles ont été rejetées par le petit monde de l’art. « Lui-même ressentait une grande culpabilité, une certaine souffrance même, face à des hommes très en vogue comme Robert Rauschenberg ou Jasper Johns. Il pensait qu’il était un mauvais artiste ; seul le niveau social qu’il occupait et auquel il avait tant aspiré pouvait le consoler ; il a dû attendre 1968 et la tentative d’assassinat manquée pour devenir une vraie célébrité », précise Jean-Michel Vecchiet.
Posté le 25.03.2006 par nikkita

La Factory
Une grande partie de l’œuvre de Warhol consistait donc à interroger la production d’images. Images de stars, unes de journaux, symboles de l’Amérique, mais aussi images sociales, ces masques que nous mettons entre nous et les autres dans un va-et-vient entre l’être et le paraître qui était la seule chose vraiment primordiale à ses yeux.
Ainsi de la même manière que la Factory avait servi à produire à la chaîne les sérigraphies les plus chères de l’histoire de l’art, ce lieu devait aussi servir à Warhol à produire du mythe, de l’image sociale en quantité industrielle, et propulser dans la grande constellation des VIP quiconque mettrait les pieds chez lui.
La Factory, l’Usine donc, se devait d’être ce Loft des années 60/70, cet endroit où on entre anonyme et d’où on sort superstar.
Situé d’abord sur la 47ième rue « Silver Factory » puis déménagé en 1968 au 33 Union Square West (dans le même immeuble que la permanence du Parti Communiste !), ce hangar/appartement allait donc accueillir tout ce que Warhol et ses acolytes pourraient produire. Galerie d’exposition, studio de tournage, salle de projection, salle de concert, boite de nuit, tous les événements étaient prétextes à la réunion du gratin de la jet-set new-yorkaise qui venait s’encanailler allégrement avec tous les paumés, dépressifs, toxicos dont Warhol aimait s’entourer dans des fêtes géantes où les classes sociales étaient abolies, tout le monde logé à la même enseigne du super-star-system underground. De fait, la célébrité importait peu, même si de nombreuses figures du monde de l’art, des médias ou du cinéma traînaient dans les parages, de Dali à Burroughs, de Dylan à De Niro. Ce qui importait, c’était d’être une star, et pour être une star, il suffisait de le dire, et d’être là. Rien de plus.
Posté le 25.03.2006 par nikkita

Evidement, toutes les superstars warholiennes qu’engendra la Factory avaient leur spécialité. Gérard Malanga était poète et photographe, Nico chanteuse, Ultra-violet plasticienne, etc., mais pour l’essentiel, cela n’était que purement accessoire, puisque absolument pas nécessaire.
On peut à ce sujet citer l’exemple édifiant de Edie Sedgwick, superstar adulée encore aujourd’hui par les fans de la Factory, et qui n’a jamais rien fait d’autre qu’être le sujet des photos ou des films10 de Warhol, de la manière la plus naïve et la plus naturelle possible, avant de mettre fin à ses jours à coup de barbituriques à l’âge de 28 ans.
Exceptée une courte carrière dans le mannequinât, Edie n’a rien fait dans sa vie que la fête avec ses amis, et pourtant dans l’esprit du monde entier, c’est Edie Superstar, figurant au panthéon des 60’s américaines au même titre que Morrison ou Dylan.
Voilà ce que la Factory était capable de faire, et surtout ce à quoi elle s’employait sans relâche : de la production non-stop d’événements, de la production de mythe, et plus vous étiez insignifiant, largué, paumé, en chute libre, plus vous aviez de chance de voir votre statut de superstar renforcé, parce que ne rien faire était encore le meilleur moyen de ne pas entacher votre gloire en devenant autre chose qu’un pur produit de la Factory… quelque chose comme vous-même par exemple.
Car même si cela ne fut jamais ouvertement avoué, ni par Warhol11 ni par aucun membre du mouvement, on ne peut que constater l’aspect paradoxalement collectiviste de ce qui se passait alors à la Factory. Quoi de plus efficace, en effet, pour parvenir à la disparition warholienne que de noyer les individualités dans le groupe ? Du pur marxisme au cœur du New York des années 60 ? Pourquoi pas ? Et aux détracteurs qui avancent que cette stratégie n’avait pour but que celui de sauvegarder la suprématie de Warhol en étouffant les autres talents, une seule réponse : et si la Factory n’était finalement que le lieu de résidence permanente d’un collectif protéiforme d’artistes répondant au nom de « Andy Warhol », comme une décennie plus tard Monty Cantsin devenait l’open-pop-star qu’on connu premièrement sous les traits de Istvan Kantor ?
Cette belle utopie pourtant ne devait pas résister au temps ni aux réflexes naturels, et si en 1972, Morrissey déclarait par exemple à propos de Trash, « vous savez, nous faisons tout plus ou moins ensemble avec Warhol, de sorte qu’il est difficile de dire si le film est de moi ou de lui », il n’a pas été le seul à revendiquer par la suite ce qui lui revenait de droit, partout ailleurs que dans l’espace-temps de la Factory.
Même du vivant de Warhol d’ailleurs, nombreuses furent les ruptures violentes entre le maître et ses superstars, car le plus difficile finalement n’était pas tant d’entrer dans l’équipe glamour et désenchantée de la Factory, mais bien d’en sortir et à nouveau devoir se construire une identité seul, sans le confort financier et promotionnel qu’apportait la proximité du dandy à perruque.
Après avoir tiré sur lui à deux reprises en 1968, Valerie Solanis ne déclara-t-elle pas à la police : « Warhol avait trop de contrôle sur ma vie » ?
Le collectif comme seul credo, donc, mais Warhol n’étant pas dupe, les critiques non plus, le pape du pop-art ne réussira jamais à se débarrasser de son nom, préférant, comme pour le reste de ses œuvres, le multiplier à l’infini sur tous les supports possibles, en espérant que cette profusion le déshumanise totalement, le vide de sa signification, comme l’image d’une Marylin qui n’avait plus rien de Monroe.
Quand vous commenciez à traîner avec Warhol, il vous fallait accepter ce pacte non-équitable, et vous perdre à votre tour dans un nom propre qui ne serait jamais le votre. A quelques rares exceptions, le deal devait se terminer en tragédie, un mouvement qui s’accéléra dès la mort de l’artiste en 1987, quand déjà le pop-art était moribond et qu’il fallut pour chacun de ses anciens complices se dépêcher de prouver qu’il était capable de créer/exister sans lui.
Des superstars de la Factory pourtant, rares sont celles qui réussirent à se créer une identité propre et dans tous les cas, jamais leur renommée personnelle ne parvint à atteindre le niveau qu’elle avait du temps de l’Underground.
Malgré tout et même si de nombreux sites et ouvrages témoignent déjà de ce microcosme et des individualités de chacun, risquons-nous quand même à une petite galerie de portraits non-exhaustive (les puristes nous excuseront).
Poor little rich girl par exemple, dont le titre résume bien la personnalité de la jeune fille, ou encore l’exceptionnel Beauty number 2, chef d’œuvre Factorien par excellence où on assiste, médusé, à la discussion insipide entre Edie et un inconnu débarqué en slip sur son lit pour une raison non-élucidée, le tout se terminant par un baiser langoureux pendant que Gerard Malanga, hors champ, lit l’un de ses poèmes…
Ou peut-être dans cette énigmatique déclaration : « Ce serait formidable si plus de gens employaient la sérigraphie, de sorte que personne ne saurait si mon tableau est vraiment le mien ou celui d’un autre. »
Posté le 26.03.2006 par nikkita
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